Elementor #2259

Les Lettres du Jardin

Le jardin secret d'Aphrodite

Je crois savoir à quel moment tu as cessé de t’écouter.

Ma chère inconnue,

Je ne connais ni ton prénom.

Ni ton histoire.

Et pourtant…

J’ai la sensation que cette lettre t’attendait depuis longtemps.

Je crois savoir à quel moment tu as commencé à t’éloigner de toi-même.

Pas parce que quelqu’un t’y a obligée.

Pas parce que tu as fait un mauvais choix.

Mais parce que tu as appris, très tôt, qu’il existait des personnes plus importantes que toi.

Alors tu as commencé à t’adapter.

À faire un peu plus.

À porter un peu plus.

À comprendre un peu plus.

À pardonner un peu plus.

À attendre un peu plus.

Et sans t’en rendre compte…

tu as pris l’habitude de passer après tout le reste.

🌹

Au début, cela ne semble pas si grave.

Tu continues de sourire.

Tu continues de travailler.

Tu continues d’aimer.

Tu continues de prendre soin.

La vie avance.

Et toi avec elle.

Personne ne remarque que, chaque jour, tu t’éloignes d’un millimètre de toi-même.

Parce que toi non plus, tu ne le remarques pas.

On ne cesse presque jamais de s’écouter d’un seul coup.

On s’oublie par petites absences successives.

Puis arrivent les années.

Celles où l’on devient compétente.

Fiable.

Disponible.

Forte.

Ces qualités sont belles.

Mais parfois, elles ont un prix.

À force d’être présente pour les autres, il devient difficile de répondre à une question pourtant essentielle :

« Comment vais-je, moi ? »

Certaines femmes ne savent plus répondre.

Non parce qu’elles ne veulent pas.

Mais parce qu’elles ont cessé de se poser la question.

🌹

Je rencontre souvent ces femmes.

Elles ne viennent pas seulement avec une douleur.

Elles arrivent avec cette étrange sensation de ne plus reconnaître leur propre vie.

Comme si elles jouaient un rôle depuis si longtemps qu’elles avaient oublié le visage de celle qui l’avait commencé.

Il arrive un moment où l’on ne cherche plus à devenir quelqu’un d’autre.

On cherche simplement à retrouver celle que l’on a doucement laissée derrière soi.

Il y a une phrase que je n’entends presque jamais.

Et pourtant, je suis convaincue qu’elle habite beaucoup de femmes.

« Je ne sais plus ce qui me fait du bien. »

Non pas parce qu’elles auraient cessé d’aimer.

Ou de rêver.

Mais parce qu’à force de répondre aux attentes, elles ont fini par vivre davantage en fonction de ce qui était nécessaire que de ce qui était profondément vivant en elles.

Alors elles avancent.

Elles accomplissent.

Elles remplissent leurs journées.

Et, sans même s’en apercevoir, elles mettent de côté ces petites choses qui nourrissaient autrefois leur élan.

Une promenade.

Un livre.

Un silence.

Un éclat de rire.

Un moment où elles se sentaient simplement… elles-mêmes.

Ce n’est pas une disparition.

C’est un éloignement.

Un éloignement si progressif qu’il devient presque invisible.

🌹

Peut-être que le problème n’est pas que tu t’es perdue.

Peut-être que personne ne t’a jamais laissé le temps de te retrouver.

Je ne crois pas que notre corps cherche à nous punir.

Je crois qu’il tente parfois de préserver ce que nous avons oublié.

Il ralentit.

Il résiste.

Il attire notre attention.

Non pour nous empêcher d’avancer.

Mais pour nous inviter à revenir.

Revenir vers cette partie de nous qui attend encore d’être entendue.

🌹

Depuis quelque temps, une même question revient lorsque j’accompagne des femmes.

Une question que je garde précieusement.

Parce qu’elle mérite une lettre entière.

Je te l’écrirai la semaine prochaine.

En attendant…

Prends quelques instants aujourd’hui.

Pas pour trouver une réponse.

Simplement pour te demander :

Depuis combien de temps ne t’es-tu pas réellement écoutée ?

Je te retrouverai bientôt.

Dans une nouvelle Chronique du Jardin.

Véronique Corneil

Médium & Guérisseuse

Créatrice de La VoieX des Mondes

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